Se rendre au contenu

Mythe du YOGA n°3: Le YOGA est une pratique vieille de 5 000 ans.

Et si l'une des phrases les plus répétées dans le monde du yoga était... historiquement fausse ?
24 juillet 2026 par
Mythe du YOGA n°3: Le YOGA  est une pratique vieille de 5 000 ans.
Admin Samkya
| Aucun commentaire pour l'instant

Mythe du YOGA III: 

Le YOGA est une pratique vieille de 5 000 ans.

On l'entend partout :
« Le yoga est une pratique vieille de 5 000 ans. »

Mais est-ce réellement vrai ?
La réponse est... pas exactement.
Les premières traces de la civilisation de la vallée de l'Indus (vers 2600–1900 av.JC) montrent des sceaux représentant des personnages assis dans des postures qui évoquent le yoga. Le plus célèbre est le sceau dit de Pashupati. 
Pendant longtemps, on y a vu la preuve d'un yoga très ancien.

Aujourd'hui, la plupart des archéologues restent prudents : personne ne peut affirmer avec certitude qu'il s'agit de yoga. 

Nous ne savons pas ce que représentaient réellement ces images.


          Le sceau de Pashupati : un indice fascinant


Le sceau de "pashupati", provient de Mohenjo-Daro,  Il est généralement daté entre 2500 et 1900 av. J.-C.

Le sceau provient de Mohenjo-Daro, l'une des principales cités de la civilisation de l'Indus, dans l'actuel Pakistan. Il est généralement daté entre 2500 et 1900 av. J.-C., la plupart des spécialistes situant sa fabrication autour de 2300–2000 av. J.-C. 

Il représente une figure assise, coiffée d'une imposante coiffure à cornes, entourée d'animaux sauvages..

.


C'est John Marshall, directeur des fouilles dans les années 1920, qui proposa le premier d'y reconnaître une forme primitive de Shiva sous son aspect de Pashupati (« Seigneur des animaux »).

Lorsque John Marshall publie le sceau en 1931, il remarque que le personnage est entouré de plusieurs animaux (éléphant, tigre, rhinocéros, buffle, cervidés). Cette iconographie lui rappelle un épithète de Shiva dans les textes hindous : Paśupati, le Seigneur des animaux.

Il écrit en substance :

« Cette figure pourrait représenter une forme primitive de Shiva sous son aspect de Pashupati. »


  • Le mot Pashupati (sanskrit : Paśupati, पशुपति) est composé de deux termes :
    • paśu (पशु) : animal, bétail, mais aussi, dans certains textes philosophiques, tout être vivant lié au monde matériel.
    • pati (पति) : maître, seigneur, protecteur, époux.
  • Le sens littéral est donc: « Seigneur des animaux » ou « Maître des êtres vivants ».
C'est là que naît la confusion

Le sceau de Mohenjo-Daro est appelé aujourd'hui « sceau de Pashupati », mais ce nom n'est pas ancien. Il a été donné après sa découverte, parce que John Marshall pensait reconnaître un ancêtre de Shiva.

Si l'identification du sceau de Pashupati à Shiva reste une hypothèse débattue par les archéologues, de nombreux chercheurs soulignent les ressemblances frappantes entre cette figure et le Shiva des traditions ultérieures : une posture méditative, la présence d'animaux sauvages, un caractère ascétique et un lien profond avec les forces de la nature. 

Mais il s'agit bien d'une interprétation. Aucun texte de la civilisation de l'Indus ne mentionne ce nom. Nous ignorons même comment cette figure était appelée par les habitants de Mohenjo-Daro.

Dans le shivaïsme, Shiva devient le Yogeshvara, le « Seigneur des yogis », celui qui enseigne que la véritable puissance ne réside pas dans la domination du monde, mais dans la maîtrise de soi. Le yoga apparaît alors comme une voie de transformation intérieure où la méditation, l'immobilité et la discipline permettent de retrouver l'unité avec le vivant. Plus qu'une simple pratique corporelle, il s'inscrit ainsi dans une vision spirituelle où Shiva incarne l'archétype du yogi, maître de la conscience et de la liberté intérieure. ( source https://arya-dharma.com )

Dans le shivaïsme

pashupati "Le seigneur des animaux", Le terme prend une profondeur philosophique. Les « animaux » (paśu) ne désignent plus seulement les animaux sauvages. Dans le Śaiva Siddhānta, ils représentent aussi les êtres humains tant qu'ils demeurent prisonniers de l'ignorance (avidyā), de l'ego et des attachements.



Pourquoi les yogis y voient-ils une preuve ?

L'argumentation repose en réalité sur une accumulation d'indices, plutôt que sur une preuve unique.

1. La posture
Le personnage semble assis dans une position inhabituelle.
Certains enseignants de yoga la rapprochent de Mūlabandhāsana, d'autres d'une variante de Baddha Koṇāsana ou d'une posture méditative très ancienne. Ils estiment qu'une telle position suppose déjà une certaine connaissance du corps et de la stabilité méditative. Mais cette interprétation est discutée : les détails du sceau sont minuscules (moins de 4 cm), parfois usés, et les jambes sont difficiles à interpréter avec certitude.



2. L'immobilité

La figure paraît parfaitement stable. Pour de nombreux pratiquants du yoga, cette immobilité évoque spontanément la méditation (dhyāna). Cependant, une figure assise et immobile n'est pas nécessairement un méditant. Dans de nombreuses civilisations, les divinités, les souverains ou les prêtres sont représentés de cette manière.



3. Les animaux
Autour du personnage apparaissent un éléphant, un tigre, un buffle, un rhinocéros, ainsi que deux cervidés sous le siège. Cette iconographie rappelle fortement le futur Shiva, souvent associé aux animaux sauvages et aux espaces non domestiqués. L'idée d'un « maître des animaux » existe cependant dans de nombreuses cultures du Proche-Orient ancien. Ce n'est donc pas un indice spécifique au yoga.


4. La continuité avec le shivaïsme
C'est probablement l'argument le plus fort. Dans les siècles suivants, Shiva deviendra le Yogeshvara, le « Seigneur des yogis ». Il est représenté en méditation sur le mont Kailash, maître de l'ascèse (tapas), du souffle et de la conscience. Pour certains chercheurs, le sceau pourrait témoigner d'une très ancienne tradition religieuse dont le shivaïsme serait un héritier. Il ne s'agirait donc pas d'une identité démontrée, mais d'une continuité culturelle possible.



Photo Olivier Remualdo©

Sādhus shivaïtes recouverts de cendres sacrées (vibhūti).Trident (triśūla) bien visible. Colliers de rudrākṣa. Ils incarnent la tradition de Shiva comme Yogeshvara, le Seigneur des yogis.

Pourquoi les historiens restent-ils prudents ?

Les objections sont nombreuses.
  • L'écriture de la civilisation de l'Indus n'a jamais été déchiffrée.
  • Aucun texte n'évoque le yoga.
  • Le nom Pashupati est une attribution moderne.
  • La coiffure à cornes ne ressemble pas aux représentations classiques de Shiva.
  • La posture reste ambiguë.
  • Rien ne permet d'affirmer que cette figure médite.

Autrement dit, le sceau ne constitue pas une preuve, mais une hypothèse archéologique séduisante.


Personne ne peut affirmer avec certitude qu'il s'agit de yoga. 

Nous ne savons pas ce que représentaient réellement ces images. Les premiers textes qui parlent clairement de pratiques que nous pouvons appeler « yoga » apparaissent plus tard :

Où apparaît le yoga de manière certaine ?
C'est là que les textes deviennent essentiels.

les Upanishad (vers le VIIIᵉ–IIIᵉ siècle av. J.-C.) ; 
la Bhagavad-Gītā (vers le IIᵉ siècle av. J.-C.) ; 
Yoga Sūtra de Patañjali (vers le IIᵉ siècle av. J.-C. ou le IVᵉ siècle apr. J.-C )



Les premières descriptions explicites de pratiques proches du yoga apparaissent dans les Upanishad (environ VIIIᵉ–VIᵉ siècle av. J.-C.), où sont évoqués la maîtrise du souffle, le retrait des sens, la méditation et la connaissance du Soi (ātman).
La Bhagavad-Gītā élargit ensuite le mot yoga en présentant plusieurs voies : l'action (karma-yoga), la connaissance (jñāna-yoga) et la dévotion (bhakti-yoga).

Enfin, les Yoga Sūtra de Patañjali offrent la première synthèse systématique de cette tradition qui proposent la première synthèse philosophique du yoga.

Le yoga n'est donc pas une invention récente. Il plonge ses racines dans une tradition indienne extrêmement ancienne, qui s'est développée pendant plus de deux millénaires. Plutôt que de dire que « le yoga a 5 000 ans », il est plus juste de dire : Le yoga est le fruit d'une longue évolution, dont les racines remontent à l'Inde ancienne et dont les premiers témoignages certains ont plus de 2 000 ans. Le yoga n'est pas ancien parce qu'il serait figé dans le passé. Il est ancien parce qu'il continue, depuis des siècles, à interroger une même question :


Sri Sarada Devi: The Holy Mother






Comment vivre avec plus de lucidité, de stabilité et de liberté ?


Chez Atelier YogaSamkhya, nous aimons distinguer la tradition des légendes. Non pour diminuer le yoga, mais parce que sa véritable histoire est encore plus fascinante.



Pour Aller plus loin

  • James Mallinson & Mark Singleton, Roots of Yoga.
  • Mark Singleton, Yoga Body.
  • Edwin Bryant, The Yoga Sūtras of Patañjali.
  • Ysé Tardan-MasquelierL'Esprit du yoga
  • Gregory Possehl, The Indus Civilization.

Pour partagez 

Réseaux sociaux

Se connecter pour laisser un commentaire.
Mythe n°2: Le tapis de yoga : Un objet traditionnel, incontournable ?
Mythes du YOGA II: Le tapis de yoga, un oblet traditionnel "obligatoire" à la pratique?